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illustrations de Tom et Robin
 
Tom et Robin

D'habitude, quand je pars à l'école, Robin m'accompagne seulement jusqu'à l'arrêt du car. Il attend que je monte dedans, et après il retourne à la maison.
Mais ce matin là, je ne sais pas pourquoi, j'avais pas envie d'aller à l'école, l'air était doux, ça sentait l'herbe et le sucré quand j'ai ouvert mes volets.
Je n'ai pas vraiment réfléchi, pendant que maman allait s'occuper du bébé, j'ai mis des trucs dans mon cartable, du chocolat, des biscuits, et mes affaires d'école, je les ai cachées derrière le fauteuil du salon.
On est parti comme d'habitude, Robin et moi, mais avant d'atteindre la route, après le tournant, j'ai pris le chemin qui monte vers la colline.
Robin a eu l'air étonné, mais il m'a suivi.  De temps en temps, il s'arrêtait pour grappiller une petite feuille et il me rejoignait en trottinant.

On est très copains lui et moi, et on part souvent faire des balades ensemble, mais jamais quand il y a école.  
        D'accord, papa m'a grondé, hier, parce qu'il trouve que je ne fais pas mes devoirs comme il faut. Je les fais, mes devoirs ! Avec Robin, dans la paille.
Je lui récite mes leçons.
        J'ai pleuré, évidemment, pour faire venir maman, mais depuis qu'il y a le bébé, elle n'a jamais le temps de me consoler. Elle me dit : "Tu es grand, maintenant ! Arrête de pleurnicher !".
Elle s'énerve plus vite, alors même si elle me fait mes bisous, c'est moins doux.
         Mais ce n'est pas pour ça que je suis parti avec Robin. Enfin je ne crois pas.

On est monté tout en haut, on voyait la maison et les draps de toutes les couleurs que maman a mis à sécher dehors. Mais c'était tout petit. Il y avait un peu de vent, j'avais la tête qui tourne.
                J'ai montré la forêt à Robin. On n'a jamais le droit d'y aller, c'est trop loin. Mais là, je n'avais pas eu d'interdiction !   
Le chemin qui rentre sous les sapins est marron clair tout épais et tout doux, quand on marche, on dirait de la laine, de chaque côté, il y a de la mousse super verte.  On dirait l'histoire du chaperon rouge.
        Moi, je n'ai pas peur, mais je mets la main sur Robin, pour le rassurer.
Plus on s'enfonce dans la forêt, moins on sent l'air doux et le soleil. Le vent est plus fort, ça fait frrr, frrr en haut des arbres.
        Il y a des copains qui ne comprennent pas pourquoi je ne monte pas Robin.
Mais c'est mon ami, je ne vais pas me faire porter par mon ami.  Parfois je pose un escargot sur son dos ou des coccinelles ou des feuilles. Ou je dors contre lui. Il sent le foin.
On s'est arrêté parce que je n'entends plus rien. Il y a un gros nuage au-dessus, un gris. Je sens juste un boum boum dans mes dents. Je sais que c'est mon coeur qui bat fort.
        "REEEE, REEEE"   C'est une espèce d'oiseau qui vient de crier. J'ai un peu peur. Je ne sais pas  ce qu'il y a comme animaux dans cette forêt. Peut-être des sangliers ou des ours. Pas de tigre, je sais qu'il n'y en a pas, enfin je ne crois pas.
Un peu plus loin on a trouvé un ruisseau. J'ai sorti ma carte, enfin celle de papa, c'est plein de taches vertes et marrons et de petites lignes; Je ne comprends pas très bien comment on s'en sert. On a bu de l'eau du ruisseau. Maman ne veut pas que je boive l'eau du ruisseau.
Elle était glacée. Après, j'ai fait pipi dedans.
        On vient de rencontrer le facteur, sur la route. Il s'est arrêté et il m'a demandé ce que je faisais là, tout seul.  J'ai montré Robin. J'ai dit que la maîtresse était malade et que maman m'avait dit d'aller me promener.
Il a plissé ses yeux comme ça. Et il a dit : "Tu sais qu'il va pleuvoir ?"  Et puis aussi "Rentre vite chez toi."

        Il ne va pas pleuvoir. Zut ! Une goutte.

On est sorti de la forêt, par la petite route, il pleut tellement maintenant que je ne reconnais rien du tout. J'ai mis mon pull en laine, il me gratte, mais c'est comme si ça faisait chaud. Peut-être que le facteur va repasser. Il aurait de la place dans sa camionnette, pour nous deux. Enfin, peut-être pas.  
                Les copains doivent être à la cantine. Il y avait raviolis aujourd'hui. J'adore les raviolis. J'ai fini le chocolat. J'ai un peu mal au coeur.  Robin ne me regarde pas, il a la tête baissée et la crinière qui dégouline. Peut-être qu'il voudrait bien rentrer.

J'entends un gros bruit de camion derrière moi, il va nous écraser, et comme ça on sera mort et maman viendra. Elle ne dira pas : tu es grand maintenant. Elle pleurera.
Le camion fait "ouiiiii" et splashhh". J'entends la portière qui s'ouvre.
                -"Petit ?  Petit ? Viens par-là, petit, viens vite, va !"
C'est une mémé qui me prend la main. Maman m'a dit de jamais parler à des étrangers. Je la suis. Le pépé à ouvert l'arrière du camion, je vois juste des fesses et de pattes de vache, Robin monte dans le camion, il a l'air très content.
        Elle m'a frotté la tête avec son tablier et mis son châle sur les épaules. Ca sent la bouse de vache dans le camion, ça sent bon, la mémé me regarde, les essuie-glaces font "zui-zuuuu, zui-zuuu".  J'ai mal au coeur.
        On est arrivé dans une vraie ferme, dans l'étable il y avait des poules, et Robin s'est mis à manger le foin de la vache qui le regardait avec ses gros yeux.  La mémé m'a essuyé les cheveux avec une serviette de la même couleur que la couverture qu'elle a mit sur Robin. Le pépé est venu nous chercher avec le parapluie. Dehors c'était tout gris de pluie.

        On est rentré dans la maison. C'était tout vieux, ça sentait la soupe et la cheminée. Et le chat.  J'ai entendu le pépé qui téléphonait. Moi, j'avais le nez au-dessus d'un café au lait. Maman ne veut pas que je boive du café. J'avais de la buée dans les yeux et la mémé me regardait avec les yeux tout pliés. J'étais bien.

Sauf que j'avais plein d'eau dans les chaussures.  Maman va me gronder. Je n'ai pas le droit de mouiller mes chaussures.
Ils vont venir me chercher. Ils vont me gronder devant les gens. J'ai fait une bêtise. Robin va partir. Ils ne m'aimeront plus.
        "Il ne faut pas pleurer, petit" dit la mémé avec une drôle de voix qui roule dans le fond de sa gorge.  

                
        Quand maman est arrivée, elle était toute seule, le bébé était chez une voisine, elle avait les yeux bizarres, et la voix bizarre. Elle m'a dit : "On ne dira rien à papa. " Elle a dit, "Tu sais , j'ai eu tellement peur",   elle a mis ma tête sur son ventre avec ses mains chaudes sur ma figure, elle m'a fait des bisous doux.  Elle m'a appelé son bébé.
Alors j'ai dit "Et Pauline, elle est où ?"
Pauline, c'est ma petite soeur, elle a 1 mois. Quand elle sera plus grande, je l'emmènerai en promenade avec moi et Robin.
                                        Fin.