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                        Aujourd'hui, c'est ma première reprise

 

 

 

 

 

                J'ai inscrit  Camille en cours poussin, cette année et du coup, en les voyant (c'est si mignon, ça a l'air si facile) je me suis dit: pourquoi pas moi. En général tous les parents commencent comme ça.


                   Maintenant, j'y suis, et j'ai comme un doute.

 J'ai vu mon nom sur le montoir, et un nom de cheval à côté, et vraiment, c'est pas que je sois froussarde, mais j'ai comme un doute.
        Déjà, on m'a donné une boite de pansage pour aller préparer Ubu....J'ai dit merci, sourire, et tout, j'attendais la suite..Et ben plus rien...

 

       Ils sont marrants, je n'ai  jamais approché un cheval de ma vie, et tout de suite on me flingue le moral...

        C'est clair, la cour est déserte, je ne sais pas où ils sont tous passés et j'ai une boite de pansage dans les mains avec des ustensiles genre décrassage de mamouth, question douceur...Faut-y-aller.. Voilà, c'est là, c'est marqué sur la porte.
      

           -"Bonjour, euh..Ubu! Ah!Ah! Comment va ,ce matin?"
        Il  faudrait ouvrir la porte, mais Ubu est allé mettre la tête dans le fond, histoire de me montrer qui est le chef chez lui.  Il a un derrière impressionnant.

  

               Ce qui est agaçant c'est que j'ai bien vu cette bête me lorgner.

  Il se marre, c'est sûr, il se marre.  Il faut admettre que  l'amour propre en prend un coup .
    

            Je roucoule un  - "Ubu! Ubu! Mon joli, viens donc.  Viens voir par là les belles carottes"
Rien... En plus, c'est faux, je n'ai pas de carottes.  Je cherche déjà à le tromper! Il va me le faire payer, c'est sûr.
      

            -"Dis donc, Bubu, grande carne! Tu veux te tourner, oui!"
 Heureusement, Dédé passait par là, avec sa brouette de fumier, et rien qu'à sa voix,  Ubu a bondit à la porte et me fait un gentil sourire! Magique! Tout est dans le ton de voix, bien-sûr!
        -Allez, Ubu, gros machin, pousses-toi!
Là, j'ai mis toute la gomme, super autorité, ça se sentait..Mais ça marche pas très fort,  il se rapproche... Il va me toucher... Il m'a touché!:
        -AAAHHHH!
        -Ben Françoise, qu'est-ce qui vous arrive?
 C'est la  monitrice. Elle arrive à point. Je suis sûre qu'elle a du mal à ne pas rigoler. J'ose un..:
        -" Dites, ce cheval, vous êtes sûre que....?"
        -"Ubu?  Mais bien sûûûrrr, aucun risque, il vous teste, c'est tout! Hein Ubu, vilain,  sois mignon, hein?  Bon, je vous ai préparé ses affaires...
        -"Ben...c'est à dire que..."
        -"Ahh! oui, je suis bête, c'est votre première. Je vais vous montrer, c'est enfantin"
 Enfantin, enfantin! C'est adroit, ça. Autrement dit, pauvre nouille, si tu n'y arrives pas, c'est que vraiment...

 

            Pour le pansage, je voyais bien le truc. Nettoyer, je connais. Faire la poussière, passer la brosse, jusque là, pas de problèmes, si ce n'est que les tapis et les meubles de la maison bougent nettement moins.

        Mais après, elle a voulu me convaincre de soulever les grosses pattes et d'aller enlever toute la crotte qu'il y avait dessous. D'abord ,je n'y suis pas arrivée. Il  n'a jamais voulu lever quoi que ce soit. Et puis de toutes façons, ce n'est pas pour faire des saletés pareilles que je viens..

 

     Après il a fallu seller:  
        -"On met ça là. On lui met les doigts dans la bouche, et hop, on glisse le mors, vous voyez, c'est tout simple!"
        Les doigts dans la bouche? Mais c'est répugnant!

 Et puis elle n'a pas dû voir, la monitrice, c'est tout plein de dents là-dedans .

Il a déjà failli me marcher sur le pied, je ne vais pas rentrer avec un moignon!. Qu'est-ce que dirait mon mari: -"Chérie, qu'as-tu fais de tes doigts? Tu es d'une étourderie!"

 

         J'ai fait "oui oui,  j'ai bien compris" avec la tête. C'est vrai, j'ai compris, mais de toutes façons, JAMAIS je ne mettrai les doigts là.  Elle m'a expliqué tout le truc qu'on met sur le dos,  le pommard, le trousse-pain, c'est vraiment bizarre, ces termes. Les contre-sanglots! C'est pas gai!  
        Mais c'est là que je me suis aperçue  qu'elle avait ouvert la porte en grand,
      

        -"Allez,zou, Françoise, on y va, vous l'emmenez au manège en vous plaçant à sa gauche. J'arrive...
        
        Là, j'ai senti comme une chute à l'intérieur de mon estomac, puis ça s'est mis à bouillonner là-dedans. Je ne savais plus trop si j'avais eu des jambes à un moment ou à un autre de ma vie...  Mon polo a pris d'un coup 50% d'humidité sous chaque aisselle.
 Mais je n'abandonne pas comme ça, j'ai respiré un grand coup, j'ai bombé la poitrine, fixé le but à atteindre: la porte du manège et le miracle s'est produit, Ubu m'a suivit.

    

              Pour me hisser sur la bête, ils s'y sont mis à deux . Ca fait très mal moralement. Et quand la monitrice m'a réglé mes étriers, je lui ai écrasé les doigts avec ma botte. Affreux.

 

       Ensuite elle m'a fait tourner autour d'elle avec une espèce de laisse.  

 

     Moi, je voulais bien tout : mettre mes bras en l'air, toucher l'épaule, toucher la croupe, tout ça...Mais pourquoi est-ce que deux petites filles sont venues me regarder? Elles n'avaient pas école?

 J'avais beau leur jeter des regards glaçants,  elles me faisaient des grands sourires dans lesquels il m'a semblé déceler  comme une sorte d'encouragement, et même de compassion...Atroce...
        Il a bien fallut les subir là,  même quand j'ai essayé le trot, et que j'ai senti tous mes morceaux tressauter, vibrer, rebondir,  ma chair échapper au contrôle de la gravité universelle , tout mon être tournebouler, s'éparpiller, se vautrer, s'échapper...
Jusque là, j'ignorais que je possédais tant de chair, j'ai pu passer en revue toute mon étendue...puis ça s'est enfin arrêté..
      

          "Vous ne m'avez pas beaucoup écouté, Françoise!  Je vous disais de vous tenir au pommeau, et de laisser aller vos épaules en arrière...Vous avez fait tout le contraire...Enfin..Ce n'était que la première leçon.. Voulez-vous essayer de galoper?

 

         Ah bon? Parce qu'il y a pire?  Non, je lui ai dit que pour aujourd'hui ça suffisait, que d'ailleurs, je n'avais plus le temps, puisqu'il fallait que j'aille chercher les enfants à l'école...
        -"A l'école? Mais c'est les vacances! "
        -"..."
Enfin, elle m'a quand même laissée descendre. C'est très psychologue, une monitrice...
                A cause des petites filles et de leurs regards compatissants, je me suis réinscrite pour la semaine prochaine... Hé! Je n'ai pas pour habitude de me déballonner comme ça ,moi!