Les
grandes aventures de Félicio
Il
faisait frais ce matin là, et Félicio avait hâte de
partir avec le “Sortilège”, le bateau de son ami et capitaine
Jesus Carmelito. Sa bonne amie Consuela vint lui faire un dernier
baiser,
“Surtout
soit prudent Félicio, tu sais comme tu es étourdi parfois,
ne t’éloigne jamais du bateau”! Et sur quelques larmes,
elle laissa partir son ami.
Ce
devait être un grand voyage, le capitaine Jesus Carmelito désirait
découvrir ce qu’il y avait au bout du bout de la mer.
Il avait prévu pour ce long voyage des tas et des tas de provisions,
des jambons, des sacs de fruits séchés, des graines à
faire pousser pour le cas où il n’y aurait plus rien à manger,
et une vache, pour le lait.
Son
bateau était un très beau bateau, malheureusement, il ne l’avait
jamais essayé plus loin que l’île Zapatto, où demeurait
le reste de sa famille, et ce n’était vraiment pas très loin.
Mais Félicio n’était pas inquiet, le capitaine était
son ami d’enfance, comment aurait-il pu le mettre en danger ?
Ils
avaient avec eux un seul matelot, c’était Spadassinni, le fils de
la grande tante de Consuela.
Mais dès la première tempête, Spadassini alla se cacher au fond de la cale, et le vent souffla si violemment que mats et voiles s’écroulèrent ensembles et firent chavirer le bateau. Félicio fut projeté par dessus bord...
La
dernière image qu’eu de lui le capitaine accroché à
son épave, fut le pauvre Félicio cramponné à
un thon rose géant.
Félicio
se réveilla sur une plage étrange, de gros têtards à
pattes de lézard le fixaient de leurs yeux humides. Trop faible pour
s’enfuir, il attendit que les bestioles ne s’intéressent plus à
lui. Elles avaient l’air assez inoffensives et Félicio
eu juste à supporter que leur nez gluant et caoutchouteux se promène
sur son visage et ses vêtements. Avec soulagement au bout
de quelques temps, il les vit se glisser dans la mer.
Repérant
une petite mare derrière la première rangée d’arbres,
il s’aperçut qu’il avait grand soif. L’eau avait un curieux goût
d’anis.
De grosses graines marron-jaune parsemaient le sol, il
en goûta et ce n’était pas si mauvais, une saveur entre la
lentille et la framboise.
Son tempérament curieux et scientifique ne lui laissa pas le temps de se lamenter sur son sort. Rien qu’en sortant sa loupe il put observer des animaux encore plus étranges que les têtards géants: cela ressemblait à des sortes de dinosaures miniatures, couverts d’écailles et avec un petit museau pointu comme les musaraignes, cela ne mordait pas, ne griffait pas. Cela émettait juste de petits sifflements stridents. Il continua sa route non sans avoir au préalable fait des croquis de ses découvertes.
Sa
rencontre avec des créatures beaucoup plus grosses fut plus alarmante,
car ces monstres étaient apparemment très en colère
de l’intrusion de ce petit homme rouge au beau milieu de leur partie.
Ils étaient en effet en train de se lancer une de ces grosse graines
comestibles de l’un à l’autre, et d’après ce que pu comprendre
Félicio, réfugié en haut d’un arbre, leur but était
manifestement de faire rentrer cette balle improvisée dans des filets
tendus de chaque côté de la prairie où ils s’ébattaient.
Leur
excitation était telle que des flammes jaillissaient de leur gueule
. Il fallut à Félicio beaucoup de courage pour rester là
un temps suffisant pour les dessiner.
Les
Glapisiorus sont très proches de l’idée que nous nous faisons
du dragon ordinaire, il est doté de la même façon d’écailles,
de petites ailes et de cette capacité à cracher du feu.
Félicio les nomma Glapisiorus car il émettaient de curieux
glapissements rappelant les cris d’un jeune chiot.
Il
s’esquiva sans bruit dès qu’il eut terminé, se glissant de
branches en branches jusqu’à un endroit moins dangereux.
Il croyait pouvoir souffler un moment mais il n’en eu pas le temps. Il y avait décidément beaucoup de sortes d’animaux étranges sur cette île.
Une
espèce d’iguane verdâtre le prit en chasse comme
un vulgaire lapin . Félicio ne prit pas e temps de se demander si
cet animal pouvait être féroce ou non. Il prit ses jambes
à son cou et s’élança vers les taillis aussi vite qu’il
le put.
Soudain, il sentit le sol se dérober sous ses
pieds et disparu dans les profondeurs.
Félicio, en garçon
flegmatique qu’il était ne poussa aucun hurlement en tombant, et
bien lui en prit, car, ayant atterri dans une sorte de chaussette ou filet
à saucisson qui amortit sa chute, il put observer une scène
bien étrange sans être repéré:
Des
hommes, apparemment fait comme lui, mais vêtus de curieuse façon,
étaient occupés par une sorte de cérémonie .
Dans un autre filet à saucisson un autre être humain, aux cheveux
jaunes hurlait de la plus affreuse des façons des mots incompréhensibles.
Félicio avait l’impression de vivre une sorte de rêve,
il fit néanmoins quelques croquis et le plus silencieusement possible
entrepris l’ascension du boyau .
Arrivant près de la surface, il saisit la main longue et anguleuse qui lui était tendue sans s’étonner plus que cela . C’est ainsi qu’il fit la connaissance du professeur Passiflora.
Sans
s’étendre d’avantage sur l’origine et la destinée du professeur
, nous pouvons néanmoins dire qu’il possédait une petite montgolfière.
Et comme ses recherches sur la faune volante du pays le contraignait
à passer quelques temps dans cette contrée, il proposa à
Félicio d’emprunter son engin aérostier afin de faciliter
ses recherches. (On se souvient que Félicio ne sait toujours pas
ce qu’il est advenu de ses compagnons .)
Après quelques manoeuvres
d’essais qui révélèrent que Félicio était
un assez bon conducteur de montgolfière, il s’envola non sans avoir
promis au professeur de lui ramener l’engin sous peu et en bon état.
Une
fois dans la nacelle, Félicio relâcha son attention, une grande
fatigue l’envahit. Il dut dormir plusieurs jours et plusieurs nuits.
Quand il s’éveilla, il survolait une mer intérieure
entourée de montagnes, et au milieu de laquelle se baignait un éléphant
géant.
Comme
il pensait qu’il ne serait pas entendu, et pour rire un peu, il lui lança
à travers la brume : -“Bonjour, Djumbolito, ça va , la baignoire
est assez grande?”
Etonnamment,
l’éléphant lui répondit d’une douce voix mélancolique:
-“Tu te moques de moi, mais regardes, je suis si triste, je suis si
seul, je suis si grand, et je m’ennuie tellement, veux tu être mon
ami ?”
Félicio, dans sa crainte d’être devenu fou, ne répondit rien, et se laissa emporter par la brise au dessus du regard noir et calme de la bête monstrueuse.
Il
était temps de trouver de quoi se nourrir , l’estomac de Félicio
gargouillait sans répit . Repérant une forêt derrière
les montagnes, Félicio fit descendre le ballon au raz des arbres
.
Il y avait un vacarme, là- dedans! Et certainement toute
sorte de gibier.
Scrutant
le feuillage, il ne fit pas attention au danger qui s’approchait .
Soudain un grand choc le fit basculer, lorsque le ballon s’emberlificota
dans les branches, et il se retrouva en un clin d’oeil pendu à
la nacelle , la tête en bas..
Les hurlements provenaient d’une famille de singes dérangés en pleine sieste, mais le petit dernier, qui ne dormait pas, fut assez rapide pour saisir le chapeau de Félicio qui tombait, ainsi que sa longue vue.
Une bourrasque décrocha brutalement le ballon des branches dans lesquelles il s’était enchevêtré, et Félicio, retrouvant une position plus stable s’aperçut que le petit singe était maintenant dans la nacelle. Saisissant son chapeau, il s’assura que le bien précieux qu’il contenait était toujours là.
Le
voyage aurait pu se continuer plus calmement avec ce nouveau compagnon
que Félicio ne se résignait pas à dévorer tout
cru.
Mais le ballon survolait maintenant une multitude de volcans
. La chaleur était insupportable, et les deux passagers pris dans
les fumées avaient bien du mal à respirer .
Le vent les
poussa heureusement bien loin de cette zone dangereuse.
Dès
que ce mauvais moment fut passé, Félicio fit descendre son
aérostat vers la première prairie venue. Il avait
vraiment faim et soif, et aussi très envie de se dégourdir
les jambes.
Laissant là son ballon retenu par une grosse pierre, il se laissa guider par le petit singe qui lui tirait la main.
Ils arrivèrent d’abord
devant une cascade où Félicio courut se désaltérer,
puis, comme le petit singe avait retrouvé quelques cousins,
il continua seul sa quête de nourriture .
Le ciel avait dû
l’entendre , car ce qu’il vit le fit défaillir de bonheur . Un gros
arbre semblait avoir été posé là tout exprès
pour lui. Il était en effet garni de multiples objets de formes étrangement
familières, des charcuteries, des bouteilles, des fruits .
Et
quelle ne fut pas sa surprise d’y découvrir également le
Professeur Passiflora, tout occupé à décrocher un superbe
jambon d’une branche!
-”Professeur,
que faites vous là? Par quel miracle? Et cet arbre extraordinaire?”
-”Jeune homme , quoi qu’il
arrive, il faut savoir prendre ce qui vient comme il vient, j’ai très
faim, mangeons, voulez-vous?
Le professeur , entre deux
bouchées (il y avait également des terrines, des patés,
des confits!!!)expliqua à Félicio, qu’en étudiant les
vents de cette contrée, il s’attendait à le voir à
peu près revenir au point de départ avec le ballon. Mais
c’était le pur hasard et la chance qui les avait fait se rencontrer
autour de cet arbre d’abondance dont ni l’un ni l’autre n’avait l’explication.
Gavés
et repus, ils s’endormirent d’un sommeil profond.
Mais le pauvre Félicio qui avait un peu trop abusé, sombra
dans des cauchemars épouvantables. Il se
faisait poursuivre sans fin par un rat géant aux crocs effrayants!
Il n’avait qu’une issue, sauter dans la mer du haut
de la falaise. Le petit chien , Kiki, de sa belle amie, (que faisait-il
là?) le précédait, lui aussi affolé, et
tout en bas, paisible sur la mer dorée, semblait les attendre le
navire du capitaine, plus du tout chaviré....
-“Ah!Ah!Ah! “ Un rire énorme le réveilla , et l’emplit de terreur. Se protégeant la tête de ses bras, il glissa un oeil autour de lui. LE CAPITAINE ! SPADASSINI ! Ils étaient là, ils étaient vivants! Il bondit à leur cou et les embrassa sans fin .
Après
leur avoir présenté le professeur, il apprit enfin ce qui
s’était passé après le naufrage.
Les
deux rescapés avaient échoué, accrochés à
un débris du bateau, sur une plage à peine éloignée
de celle des têtards à deux pattes. Très vite
les quelques habitants étaient venus les secourir, découvrant
bientôt qu’ils avaient sauvés de lointains cousins. Leur
île, en effet, faisait partie de cet atoll mystérieux, l’atoll
Zéronda qui, longtemps auparavant s’était mis à dériver
loin de l’île Maltesse alors toute proche.. C’était une histoire
que racontait les arrière grands-parents..
L’idée vint alors de retourner ensemble vers l’île
mère à l’aide du bateau des Zérondais , mais auparavant
il fallait récupérer toutes les victuailles échouées
sur la plage, et surtout retrouver Félicio, ... on était également
sans nouvelles de la vache.
Les provisions furent
accrochées dans l’arbre le plus exposé au vent et on fouilla
l’île de fond en comble, durant plusieurs jours jusqu’au moment ou,
retournant vers l’arbre, ils y avait retrouvé Félicio ainsi
que le professeur.
Quel soulagement après tant d’aventures ! Ainsi tout le monde
pourrait prendre la mer dès le lendemain . (la vache demeurait malheureusement
introuvable..)
Le professeur
promit de rejoindre lui aussi l’île Maltesse à l’aide
de son aérostat, dès qu’il aurait fini ses mesures et prélèvements.
Le voyage de retour
se passa sans dommage. La mer était si calme , le ciel était
si bleu qu’aucun des passagers ne fut malade.
Je
vous laisse imaginer la fête qui fut donnée en l’honneur des
voyageurs, quelques temps plus tard sur le port de l’île Maltesse.
Et le chapeau
de Félicio, me direz vous? Pourquoi était-il si important?
Voici ce qu’il y avait à l’intérieur:
“Mon cher Félicio, lorsque tu reviendra de ton voyage, nous nous marierons.” signé: Ta Consuela qui t’aime”
Quand
à la vache...elle était tombée amoureuse de l’éléphant
géant et avait préféré rester auprès
de lui..
Un détail
ne vous a pas chiffonné? Et ces hommes souterrains? Qui étaient-ils
?
Et bien voilà: La graine que Félicio a mangé
peu de temps après son échouage était en fait hallucinogène.
Félicio est bien tombé dans un filet mais
là il est resté trois jours et trois nuits dans un délire
peuplés de rêves étranges. Les Zérondais lui
ont expliqué par la suite que ces filets leur servait à capturer
les makibas, cette sorte d’iguane qui avait fait si peur à
Félicio et dont la chair rappelle celle du poulet.
Fin